Humour sanglant au Bal des vampires

L’image sombre d’un terrifiant château perché au sommet d’une colline, au son d’une terrible musique. La neige tombe en tempête dans la nuit… Dès les premières secondes, cette comédie musicale happe les spectateurs. Nous sommes en Transylvanie et le pauvre Alfred, glacé, perdu en pleine forêt, dans l’obscurité, ne retrouve plus son Professeur.

Le début de l’intrigue

Cette parodie humoristique de films d’épouvantes raconte l’histoire du professeur Abronsius, un savant complètement dingo, qui ne jure que « par la logique et la science ». Il s’est rendu en Transylvanie avec la ferme intention de prouver que les vampires existent. Il est accompagné du jeune Alfred, son assistant naïf, ingénu et un peu gauche. En pleine tempête de neige, ils trouvent refuge dans une auberge isolée dans la forêt. L’aubergiste Yoine Chagal a une fille de 16 ans, Sarah. Il aimerait bien qu’elle reste la fifille à son papa. Etant lui-même un bien coquin coureur de jupons, il la surprotège. Alfred va tomber amoureux. Tandis qu’elle ne rêve que d’évasions… Et le vampire comte Von Krolock va tenter lui aussi de la séduire…

La comédie musicale a été créée en 1997 à Vienne, en Autriche. C’est l’adaptation du film Le Bal des vampires de Roman Polanski de 1967. Celui-ci a mis en scène la version française présentée à Paris au Théâtre Mogador. La musique est jouée en live par un orchestre en contre bas, entre la scène et les spectateurs. Sur scène 36 acteurs, chanteurs et danseurs.

Un spectacle drôle

Presque tout le texte est chanté. Pour retrouver l’humour du film de Roman Polanski, il faut donc être très attentif aux paroles des chansons. Répliques décalées, inattendues, plaisanteries subtiles, jeux de mots, blagounettes, gros gags et quelques grossièretés rigolotes s’enchainent avec beaucoup de grivoiseries et de phrases à double sens dont seuls les adultes décrypteront le sens sexuel. Le spectacle reste ainsi tout public.
Par exemple, tout au début, les villageois chantent les vertus de l’ail, dont chacun sait qu’il éloigne les vampires. « De l’ail pour qui veut tenir la longueur sans jamais réduire ses ardeurs. Pour les plus jeunes qui pensent qu’à ça. Pour les vieux tout ramollos…». Là, on a plutôt l’impression qu’ils nous parlent d’aphrodisiaque.
Les personnages les plus drôles sont l’aubergiste Chagal et le professeur, aussi à côté de la plaque que peut l’être le professeur Tournesol. Lorsqu’il tente de marcher sans faire de bruit, mais qu’il fait lui-même craquer le parquet, il gronde son assistant « Chuttt ! ».
Les moments comiques sont entrecoupés de passages plus « lyriques ». Ceux où intervient le vampire Comte Von Krolock notamment, interprêté par Stéphane Métro qui impose son charisme. Et d’autres émouvants, quand Chagal part à la recherche de sa fille, ou romantiques, quand Alfred exprime ses sentiments amoureux.

Des décors impressionnants

Outre la drôlerie du texte et de la mise en scène, décors, costumes et jeux de lumières sont les autres grandes forces de ce spectacle. Visuellement, c’est du grand art. L’auberge, la forêt, le château du comte avec sa bibliothèque, sa crypte, son cimetière, sa salle de bain, sa chambre d’hôte, la salle du bal des vampires… Au total, 23 décors se succèdent, se transforment, chacun élaborés avec minutie et fourmillant de détails. Les 230 costumes sont de Sue Blane, qui a créé aussi ceux du Rocky Horror Show et de Meurtre dans un jardin anglais de Peter Greenaway par exemple.

Les vampires ne se reflètent pas dans les miroirs

La mise en scène, rendue possible par ces décors est impressionnante : Des personnages disparaissent pour réapparaître ailleurs le temps d’un éclair. Parfois, ils sortent de scène et se déplacent dans les rangs du public.
Mais voici l’un des aspects les plus impressionnants de la mise en scène : Les vampires sont invisibles dans le reflet des miroirs alors que les autres personnages s’y reflètent. Je ne révélerai pas le secret de cette prouesse… Si vous allez le voir, regardez bien la scène où Herbert, le fils homo du comte, joué avec panache par Sinan Bertrand, drague Alfred, et la scène du bal…
Parmi mes passages préférés, deux scènes de rêves. Sarah rêve du bal tandis que plus tard, Alfred rêvera qu’il se fait mordre. Dans ces 2 passages, les chorégraphies et le travail des danseurs sont remarquables, notamment celui de Costantino Imperatore qui mène la danse.

Une histoire chantée

Le compositeur, Jim Steinman, a choisi de réutiliser la mélodie qu’il avait créée en 1983 pour le gros tube de Bonnie Tyler Total Eclipse of the heart. Au milieu de compositions originales, la musique de cette chanson est le thème récurent du spectacle. Un choix assez discutable. Pour qui n’est pas averti, ou pour qui n’arrive pas à faire abstraction du tube de Bonnie Tyler, c’est déroutant.
Les autres chansons couvrent des genres très variés : Les chants de prière, la complainte de la bonne Magda, qui est l’une des plus belles mélodies du show, superbement interprêtée par Moniek Boersma, la déclaration d’amour d’Alfred « Pour Sarah », sont musicalement très beaux. « Je tiendrai jusqu’au bout, enfin prêt à être un autre moi-même pour Sarah ». L’interprêtation de Mike Zubi, qui jouait le rôle d’Alfred le jour où j’ai vu le musical, était très émouvante. Alors que les chansons de Chagal, interprêtées par le drolissime Pierre Samuel, sont les plus comiques du spectacle. Le passage du professeur énumérant les livres de la bibliothèque du château représente une prouesse technique et de mémoire vu le nombre de mots prononcés à la seconde. Une performance très impressionnante de David Alexis.

Pour voir les vampires danser, mordre et sucer le sang en live, rendez-vous au théâtre Mogador. En décembre, le nombre de représentations passe de 6 à 6 ou 8 selon les semaines. Plus d’info sur www.lebaldesvampires.fr.

Extrait du Bal des vampires

Le Bal Des Vampires Mogador Teatre Paris

Dans l’auberge où les villageois chantent les vertus de l’ail

Le Bal Des Vampires Mogador Teatre Paris

David Alexis et Solange Milhaud

Le Bal Des Vampires Mogador Teatre Paris

Daniele Carta Mantiglia, David Alexis et Stéphane Métro

Le Bal Des Vampires Mogador Teatre Paris

Le Bal Des Vampires Mogador Teatre Paris

Stéphane Métro et Raphaëlle Cohen

Le Bal Des Vampires Mogador Teatre Paris

Moniek Boersma et Sinan Bertrand
Toutes les photos ci-dessus : © VBW Crédit photo: BRINKHOFF/M÷GENBURG
Sinan Bertrand Pierre Samuel Mike Zubi Stephane Metro raphaelle cohen
Sinan Bertrand, Pierre Samuel, Mike Zubi, Stéphane Métro, Raphaëlle Cohen

Salut des comédiens, chanteurs, danseurs à la fin du spectacle.