Parmi les 16 titres de l’album Confessions II de Madonna sorti le 3 juillet, « My sins are my savior », une chanson en duo avec Stromae, qui sample un tube mondial du groupe suédois Army of lovers de 1990 « My army of lovers ». Dans cette interview, Alexander Bard, co-auteur de cette chanson nous raconte les coulisses de cette collaboration et nous parle de la manière dont il a accueilli le résultat.
Quand et comment a débuté votre relation avec Madonna ?
Alexander Bard : La relation entre Army of lovers et Madonna remonte aux années 90. Elle était fan quand le groupe a percé sur la scène internationale avec son premier album. A l’époque, Guy Oseary, qui travaillait avec elle au sein de Maverick, le propre label de Madonna chez Warner, nous a proposé un contrat pour le marché nord-américain. Mais quand nous avons reçu l’offre de Madonna et de Guy, nous venions tout juste de nous engager, depuis quelques semaines avec un autre label.
Plus tard, Madonna a travaillé pendant des années avec Johan Renck qui est suédois. Il a réalisé les vidéos de Nothing really Matters et de Hung up. Il se trouve que c’est l’ex petit ami de La Camilla (ndlr : la chanteuse du groupe Amy of lovers). Sous le pseudo de Stakka Bo, il avait signé comme musicien avec le label Stockholm Records que j’avais fondé avec Ola Håkansson. (Nous avons signé The Cardigans et A-Teens et de nombreux groupes de pop suédois dans les années 1990). C’était avant que Johan Renck ne devienne réalisateur de clips et de films. C’est lui qui a réalisé la série Chernobyl. Il est ami avec Madonna depuis des années. Ce qui est beau, c’est que la relation entre Madonna et Army of lovers a en fait ainsi débuté il y a plus de 30 ans.
Madonna sample votre chanson My Army of lovers, racontez-moi comme ça s’est passé ?
Quand Madonna a commencé à travailler sur Confessions II avec Stuart Price, ils envisageaient d’y inclure un morceau qui trancherait avec le reste. L’album est très orienté « dance ». Ils songeaient donc à quelque chose d’un peu plus calme, et elle s’est souvenue de cette chanson My Army of Lovers.
Elle aimait le morceau. Ils étaient en train de l’explorer, de travailler dessus quand j’ai été contacté par son équipe. Je n’ai pas été impliqué dans la production de leur chanson. C’est vraiment une production de Stuart Price et de Madonna. En 1990, elle a sorti ce magnifique titre intitulé « Justify My Love » co-écrit avec Lenny Kravitz. Elle a connu un immense succès avec ce morceau qui est sorti au même moment que My army of lovers. Nos deux chansons ont peu le même esprit. Pour « My sins are my savior », elle s’en est servi de base pour en faire sa propre mélodie. Elle a écrit ses paroles et chanté avec Stromae. Le résultat, c’est une chanson de Madonna.
Que penses-tu du résultat My Sins Are My Savior ?
Je suis très content du résultat. J’adore le fait qu’elle ait samplé La Camilla. C’est fait d’une manière très classe, très tongue-in-cheek, plein d’ironie, c’est du grand Madonna.
Je m’amuse en imaginant que si tu prenais Justify My Love et Crucified et que tu les mélangeais, tu obtiendrais les paroles de My Sins Are My Savior. C’est très bien fait.
De ton coté, as-tu aussi utilisé des samples ?
Ce qui est drôle, c’est que lorsque nous nous sommes parlé la première fois, j’ai réalisé que j’avais fait la même chose avec Crying at the Discotheque pour le groupe Alcazar. C’était le deuxième plus gros succès en Europe en 2003. Mais avant de connaître ce succès, il est resté bloqué six mois en attente d’autorisation, parce que j’avais samplé Nile Rodgers (NDLR : The Spacer de Sheila). Alors qu’avec Madonna, les artistes se parlent directement, et tout se règle en deux secondes. Là, il y avait trop de bureaucrates au milieu. Je leur ai expliqué la situation, mais rien n’y faisait. Alors, au bout de six mois, je suis allé à New York, dans la boîte de nuit préférée de Nile Rodgers, et je l’ai rencontré en personne. Je suis allé le voir et je lui ai dit : « J’ai samplé un morceau pour en créer un nouveau, mais c’est bloqué entre les éditeurs et les maisons de disques,… Il m’a répondu, ok fais moi écouter. Puis il m’a dit « J’adore, c’est un tube ». ça s’est réglé ainsi et le titre a pu sortir.
J’ai construit de nombreux morceaux comme producteur en samplant. Je vois ça comme un hommage. Construire une nouvelle chanson basée sur un sample, c’est rendre hommage. C’est exactement ce que Madonna a fait. Elle rend hommage à Army of Lovers dont elle est fan en ajoutant sa propre mélodie et ses propres paroles, dans son style caractéristique.
Que penses-tu de l’album ?
Ce que j’aime dans cet album Confessions II, c’est qu’elle s’auto-sample avec quantité de références à sa longue et incroyable carrière. Elle continue à écrire de bonnes chansons, elle a le don d’écrire de bonnes paroles et elle a le sens du rythme. C’est Madonna au sommet de son art. J’adore plusieurs titres, dont « Bizarre ». Je pense d’ailleurs que c’est peut-être le meilleur morceau. J’adore aussi la chanson d’ouverture, I Feel So Free. J’adore le travail de Stuart Price ; son style est très particulier, j’aime beaucoup ce genre de productions, cette ambiance pop intense.
La musique de My army of lovers provient, elle-même d’une chanson d’un autre de tes groupes Barbie Goes Around the World…
Oui mais c’est bien le sample de My army of Lovers qu’elle a utilisé. Pour autant que je sache, elle n’a jamais entendu « Barbie Goes Around the World »
Quels sont tes projets ?
J’ai quitté l’industrie musicale pendant 12 ans. Je mène aussi une carrière de philosophe. J’ai écrit sept livres de philosophie. Je suis de retour dans la musique, j’ai travaillé avec une chanteuse Ukrainienne, avec Anders Hansson et je vais sortir un nouvel album avec BWO, le groupe que j’ai fondé avec Martin Rolinski, l’année prochaine.
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