Mode homme 2019 : Le retour du tailoring

Les costumes, les tenues formelles et élégantes, reviennent après une décennie de mode masculine influencée par les vêtements de sport et le streetwear

Le tailoring, les costumes et leurs belles matières, les complets avec veste, pantalon et gilet étaient très présents lors des fashion weeks présentant les collections de 2019. Ils le sont aussi dans les lookbooks que présentent les marques à la presse.

Les marques créatives réinterprètent souvent ces grands classiques avec un décalage. Par exemple, une veste qui se ferme avec une ceinture, ou dotée d’une fermeture croisée à un seul bouton, ou à 3 boutons horizontaux. Alors qu’ils sont traditionnellement alignés verticalement. On a vu aussi lors des défilés des costumes dépareillés avec une veste en velours bleu portée sur un gilet en tweed par exemple. Ou encore pour l’été des costumes bermuda, des vestes portées à même la peau, sans chemise.

En 2019, chez les marques de luxe, les costumes sont souvent amples, avec des épaules très larges. La volonté est de montrer que ces tenues, plus strictes que les vêtements d’inspiration sportives, peuvent aussi être confortables avec des volumes similaires. Ils sont parfois proposés sans entoilage ni doublure, dans les collections été.

Tailoring 2019 : Inspiration années 30

Ce nouveau tailoring s’inspire du style des années 20 et 30, celui de Gatsby le magnifique. Xavier Chaumette, historien de la mode nous le décrit : « Vestes à fermeture croisée, qui est le grand thème de ces années là, et silhouette élargie. Les vêtements sont amples, larges. Les vestes sont épaulées et longues ». C’est une mode virile. « A partir des années 20 et 30, la virilité est très forte dans l’habillement, notamment sous l’influence américaine que l’on voit à travers le cinéma ou la photo, explique-t-il. Elle s’oppose au coté dandy du 19ème siècle ».

En 2019, ce tailoring d’inspiration années 30 est actualisé avec des vestes moins raides, moins épaisses, moins épaulées qu’à l’époque. Avec moins d’entoilage, des tissus plus souples et mous. On revient aux Prince de Galles, aux tweeds, aux serges de laine, aux tissus de vêtements de chasse kaki. Ce sont des tissus plutôt épais, rigides, mais pas autant que ceux des années 30.

« Les collections actuelles sont presque un métissage entre tailoring et vêtements de travail de travail ancien, poursuit Xavier Chaumette. Je note aussi une influence du Japon et de l’Italie, pays qui reste le point de mire du tailoring de luxe masculin. Cela aboutit à des vestes molles déstructurées sans doublure ni épaulette, sans toute la construction du vêtement bourgeois et des pantalons courts et larges. Par ailleurs, le col des vestes s’élargit par rapport à ces dernières années »

Tailoring 2019 : Pantalon à plis et revers

« Le pantalon est large avec des plis et de gros revers, typiques du vêtement décontracté des années 20, décrit l’historien de la mode. La taille basse c’est terminé. Sans pour autant atteindre le dessus du nombril comme cela pouvait arriver dans années 30 avec des pantalons soutenus par des bretelles ». C’est aussi le retour du gilet. « Cette mode des gilets n’était pas revenue depuis les années 80. L’inspiration de ce qui se produit maintenant est donc années 30 – années 80. Cela ne veut pas dire que tout l’attirail de ces années revient à la mode. Par exemple, la cravate ne revient pas beaucoup. On peut interpréter celle-ci à l’ancienne ou plutôt porter un foulard ». 

Mais comme Hedi Slimane a fait porter des cravates à ses mannequins lors du défilé Celine, la tendance pourrait revenir en force.

Sportswear et tailoring peuvent se rencontrer

Streetwear et sportswear restent néammoins commercialement très présents. Ils rencontrent parfois le tailoring. « Des manteaux traditionnels de ville avec martingale, oversize, sont ainsi couramment portés avec un sweater et un jogging. Un pantalon à pince avec des sneakers. Les gens très impliqués dans le style aiment casser le classicisme par des associations inhabituelles de vêtements, motifs, couleurs et matières ».

« Associer le tailoring au streetwear, c’est ce qu’il faut faire, remarque François-Régis Laporte fondateur et designer de Maison F ParisOn oublie la cravate pointe diamant classique pour des formes variées. Cravate courte, nœud papillon avec des pans cassés, pochette octogonale, col à clipper qui est une nouvelle alternative aux nœuds papillon et aux cravates, qui peut se porter avec une chemise en jeans, ou même un polo. Les nœuds papillon, on n’en voit peu portés dans la rue. Pourtant les ventes augmentent nettement, contrairement à celles des cravates. Les jeunes qui les achètent doivent les porter en soirée ». Les propositions sont très variées : nœuds ronds, têtes de chats, forme requins, twist, queues de sirènes, feuilles de lierre.

Mannequin : Nils Auclair.