Comment Harry Styles déconstruit le genre

Harry Styles, l’un des sex-symbols de toute une génération, est le chanteur qui a généré le plus de revenus au monde en 2021. Ce « nouveau mâle », engagé aux cotés des mouvements MeToo, BlackLifeMatters et LGBT, n’hésite pas à porter des vêtements féminins sur scène et sur les photos qu’il publie.

Suivi par 40,5 millions d’abonnés sur Instagram, Harry Styles (né le 1ᵉʳ février 1994) met en ligne des photos où il porte des vêtements souvent issus d’un vestiaire androgyne, parfois dégenrés, ou carrément féminins.

C’est d’ailleurs le premier homme à avoir posé seul en couverture du magazine Vogue US (en décembre 2020). Sur cette photo, il porte une robe Gucci, rompant avec l’assignation de genre de cette tenue. Il explique d’ailleurs au sujet des vêtements pour homme et pour femme « Ce qui est vraiment excitant, c’est que toutes ces frontières sont en train de s’effondrer ». 

Photo : Vogue. Robe Gucci

Inutile d’expliquer pourquoi il est extrêmement courageux pour un homme de porter des vêtements, accessoires ou d’autres attributs considérés comme féminins comme le maquillage, surtout dans la rue. En effet, en le faisant, en raison de la vieille théorie (depuis longtemps invalidée) de l’inversion, un homme habillé « comme une femme » risque de subir des attaques homophobes, qu’il soit gay ou hétéro. Car ce qui est considéré comme des éléments de dévirilisation est insupportable pour ceux qui méprisent les femmes, ceux qui les considèrent comme inférieures aux hommes, ceux qui ont des problèmes avec leur sexualité.

Harry Styles contribue à déconstruire les clichés de genre

Alors évidemment une super star mondiale comme Harry Style ne prend pas le risque d’une agression physique. Au pire celui de subir un déferlement de commentaires haineux sur les réseaux.

Pourquoi fait-t-il cela, comme Damiano David, du groupe de rock italien Måneskin, ou avant eux David Bowie puis Prince ? Il faudrait le lui demander. Mais le message est forcément féministe. Il exprime son respect des femmes.

Mais surtout, c’est parce qu’il est sûr de lui et de sa virilité. Alors, il peut porter n’importe quoi, rien n’écornera son image, au contraire. Tout comme Damiano David (qui est quand même nettement plus queer. Harry Styles reste plus propret).

Damiano David

Harry Styles dans Les Eternels

Etant le sex-symbol de toute une génération, extrêmement sexy et sexualisé depuis le début de sa carrière avec les One Direction, tout lui est permis. Harry Styles incarne tellement l’homme désirable d’aujourd’hui qu’il a été choisi pour jouer au cinéma le rôle d’Eros, le dieu de l’amour, dans le prochain épisode de « Les Eternels », The Eternals film du MCU, adapté des comics Marvel. Plus précisément, il incarnera le super-héros Starfox, frère de Thanos, également appelé Eros, banni par sa famille pour ses manières féminines. Doté d’une force surhumaine, il peut voler, contrôler les émotions et la suggestibilité des gens. Et possède un pouvoir d’auto guérison comme les autres Eternels.

En détruisant les codes du genre, il évidemment totalement conscient de ce qu’il est en train de faire et de l’impact que cela a sur sa génération. Comme il l’écrit ironiquement en légende de cette photo « Bring back manly men » (ramenez les hommes virils), il est en lutte contre le patriarcat et la masculinité toxique.

Icone de la mode

Harry Styles entretiens des relations étroites avec des créateurs de mode. On l’a vu porter des tenues Givenchy, Lazoschmidl et surtout Gucci.

Le Style d’Harry est en parfaite adéquation avec l’esthétique Alessandro Michele pour Gucci évoquant les années 70, sac à main, boa, pull avec large col V.

Harry Styles en Gucci aux Brit Awards 2021

Sur Scène en costume Gucci. Photo : Terence Patrick

Ce qui est intéressant avec les looks d’Harry Styles, c’est qu’ils sont représentatifs d’un mouvement de fond dans la jeune génération. On voit de plus en plus de looks androgynes ou sans genre, de garçons maquillés, aux ongles vernis ou portant un pantalon taille très haute ou un collier de perles au bras de leur copine.

D’ailleurs le quotidien économique Les Echos, publie à son sujet une excellente enquête de Cecilia Delporte le présentant comme l’un des symboles de l’avènement du monde d’après. Comme cette journaliste l’écrit, il est « le miroir d’une époque ».

Photo de Tim Walker pour l’album «Fine Line»